Lounis Goudjil : « Il faut être le meilleur dans la niche que l’on se choisit, et là, on devient imbattable »

Le 2 janvier 2017 par Magazine En-Contact

J’ai connu et rencontré Lounis Goudjil il y a plus de 16 ans, en Haute-Savoie. Il s’occupait alors déjà de nouvelles technologies, mais pas dans les télécoms. Je l’ai retrouvé, à son compte cette fois-ci, installé à Vannes et patron d’une entreprise en pleine croissance, Manifone. Si vous n’avez rien compris au trunk-sip, pas de panique, Lounis est un vrai pédagogue, et si vous avez loupé l’actualité de ces dernières semaines, pas de panique non plus : un entrepreneur qui fait 30% de croissance cette année, a installé ses développeurs en Serbie, et dirige le tout depuis Vannes, est un homme efficace, et souvent pertinent. A vous de juger.

En-Contact : des enseignes, des e-marchands se battent de plus en plus sur la rapidité de la livraison. La rapidité devient-elle la clé ? Comment se battre contre des mastodontes, dans son métier, qui ont des poches si profondes qu’ils peuvent imposer un nouveau standard, quel que soit le prix ?
Lounis Goudjil : Dans notre métier, nous sommes bien plus rapides que les mastodontes justement. Le temps réel est notre crédo ! Mais je comprends bien la question : comment se positionner en tant que petit acteur face à des concurrents mille fois plus gros ? Il faut trouver sa niche, que les mastodontes ne peuvent ou ne voudront pas investir. On ne peut pas être tout pour tout le monde. Par contre, il faut être le meilleur dans la niche que l’on se choisit, et là, on devient imbattable.

Des start-ups, parfois venues de nulle part, concluent des levées de fonds significatives, multiplient les annonces mirobolantes sans avoir rien prouvé pour certaines d’entre elles. Comment réagit-on quand on a connu des époques disons plus … traditionnelles ?
Humm… j’ai lu un de tes billets d’humeur qui semble parler d’une telle startup. Levée de fonds et annonces mirobolantes vont souvent de pair, c’est le jeu ma pauv’ Lucette! Par contre, lorsque les fonds levés sont épuisés, il faut être rentable et s’être imposé technologiquement, sous peine d’explosion en vol. Le problème, quand on veut aller trop vite, dans un contexte B2B, c’est de louper des points critiques et de rapidement se tirer une balle dans le pied. Je reste serein par rapport à ces start-ups, car notre technologie est basée sur de l’expérience terrain récoltée auprès de nos clients sur de nombreuses années. Chose que les startups, par définition, ne peuvent faire. Manifone a également levé des fonds à sa création, mais très modestement, auprès de quelques business angels amis et ces fonds nous ont permis de payer les salaires des développeurs le temps que nos produits tiennent la route. Les fondations doivent être solides.

Simplifier, émouvoir, fluidifier le parcours client, l’expérience client est à la mode, génère la production de livres blancs nombreux, qu’en pense-t-on, à Vannes ?
A Vannes, on pense plutôt le matin, entre 8h et 9h. L’expérience client est la nouvelle source de valeur ajoutée pour les entreprises qui vendent des produits ou services au grand public. La personnalisation et la compréhension du parcours client sont les clefs d’une expérience client réussie. Nous nous intéressons beaucoup à ce sujet chez Manifone et travaillons avec nos clients sur des services d’optimisation de l’expérience client pour leurs appels entrants. Le Call-Context par exemple, est un service qui permet à l’opérateur qui répond à un appel entrant de savoir sur quelle page web se trouve l’appelant.

SFR perd un ou deux millions de clients, sans barguigner, sourciller. Les télécoms constituent-ils un monde à part, ou bien les clients sont-ils si oublieux, qui redeviennent ensuite, après des campagnes de promo efficaces ?
SFR n’a jamais gagné autant d’argent que depuis qu’il perd des clients ! Patrick Drahi semble perdre les clients qu’il a envie de perdre, avant de reconstruire des offres sur lesquelles il va gagner beaucoup d’argent. Reculer pour mieux sauter …

On recherche des codeurs de partout, Xavier Niel crée avec succès une école sur ce sujet, comment pallies-tu, as-tu pallié le manque de codeurs ? Tu as eu « affaire » à Xavier Niel, dans ta vie professionnelle, as-tu eu envie de lire sa biographie, que t’inspire ce président désormais « iconic » ?
 Affaire dont je ne peux parler malheureusement. Monsieur Niel n’est pas une personne qui m’inspire particulièrement. En ce qui concerne les codeurs, nous sommes allés les chercher là où se trouvent les meilleurs dans notre domaine. Nous avons créé notre filiale de développement en Serbie il y a sept ans maintenant. Ces gars sont de vrais tueurs ! Je leur expose une idée et ils prennent des notes directement en code !!

L’élection de Donald Trump, les chiffres étonnants de François Fillon aux primaires … est-on bien informé ou les commentateurs, experts sont-ils très éloignés de la vraie vie ? Penses-tu que l’information gratuite ait fait beaucoup de mal aux médias ?
Wow ! C’est quoi ces questions ? Dans les deux cas que tu cites, c’est surtout la fiabilité des sondages qui a été durement touchée. Pourquoi les instituts spécialisés se sont-ils plantés à ce point ? En fait, je n’en sais rien et je n’ai même pas un début de piste, mais je vais y réfléchir et si je comprends ce qui s’est passé, je lancerai une startup que j’appellerai MANI-SONDAGES.

Ton métier, c’est d’envoyer des messages, vocaux, des sms, de faire circuler la voix dans le monde afin qu’une conversation arrive à bon port. La voix a-t-elle de l’avenir ?
Bien sûr que la voix a de l’avenir. La question, dans notre industrie, est de savoir comment et par qui la voix sera transportée dans le futur. Skype monopolise déjà plus de 50% du trafic voix à l’international, c’est énorme ! Viber, Whatsapp et les autres suivent de près. As-tu déjà reçu des appels depuis le Maroc ou la Tunisie directement sur Viber alors que l’appelant a cherché à te joindre sur ton numéro de téléphone ? Peu de gens le savent, mais Viber propose une offre de terminaison d’appel que certains opérateurs fixes ou mobiles internationaux utilisent pour réduire leurs coûts. Le client lui, continue de payer le tarif normal d’un appel international. Je suis persuadé que ce scénario va se développer très rapidement et que les interconnections entre les réseaux classiques et IP vont se généraliser. Notre offre de services peut tout aussi bien être proposée sur de la terminaison IP Viber que Orange ou SFR classique, nous sommes prêts.

Propos recueillis par Manuel Jacquinet


Retrouvez dans le n°91 : Il a inventé, notamment, la machine à créer du trafic en magasins… (il est du coup tellement sollicité qu’il n’ira pas au Consumer Electronic Show)



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